Il y a une semaine, nous évoquions une OAT à 10 ans à 4,87 %. Le seuil des 5 % est désormais à portée de vue, et la discussion a changé de nature : elle n'est plus seulement budgétaire, elle est devenue sociale et politique, et les marchés le font payer à la France. Vendredi, un rendez-vous compte tout particulièrement : Moody's doit réexaminer la note du pays. Nous arrêtons cet article aux clôtures du mardi 20 octobre.
OAT à 4,93 % : l'écart avec l'Allemagne au plus haut depuis 2011
Lundi 19 octobre, l'OAT 10 ans a clôturé à 4,93 %, contre 4,80 % le vendredi précédent. C'est, selon MoneyVox, son plus haut niveau de clôture depuis juillet 2002. Mardi, elle a terminé au même niveau. Le CAC 40, lui, a perdu 1,11 % lundi (7 868,05 points) puis 0,38 % mardi, à 7 838,49 points, d'après l'AFP. Les banques ont payé le plus lourd tribut lundi : Société Générale a cédé 3,41 %, Crédit Agricole 2,64 % et BNP Paribas 2,48 %.
Le chiffre à retenir est l'écart, le « spread », entre le taux français et le taux allemand à 10 ans. Il s'établissait à 1,37 point vendredi. Il a clôturé à 1,53 point mardi, son plus haut niveau de clôture depuis 2011 selon l'AFP. Concrètement, cet écart mesure la prime que les investisseurs exigent pour prêter à la France plutôt qu'à l'Allemagne. Plus il grimpe, plus l'État paie cher pour se financer, et plus cette charge pèse sur le budget à venir.
Les raisons s'additionnent. Le week-end des 17 et 18 octobre a été marqué par des violences urbaines, qui ont ajouté un risque social aux inquiétudes sur le budget. Ce budget vise un déficit de 5,0 % du PIB en 2027, après 5,4 % en 2026, avec un programme d'émissions de dette record de 340 milliards d'euros (310 en 2026), selon France-Epargne. Enfin, la présidentielle d'avril 2027 nourrit la crainte que les décisions prises aujourd'hui soient remises en cause demain.
OAT 10 ans : taux en clôture (%)
Faits de marché, clôtures. Sources : Zonebourse (9 octobre), MoneyVox et AFP (19 et 20 octobre).
Moody's vendredi : ce qui est réellement en jeu
Moody's note la France Aa3, avec une perspective négative, et publiera sa revue le vendredi 23 octobre. S&P et Fitch notent le pays A+. Une dégradation d'un cran ramènerait Moody's au même niveau, A1. Pour être transparent, personne ne connaît la décision à l'avance : il s'agit d'un scénario possible, pas d'une prévision, et une simple confirmation de la note n'effacerait pas la tension sur les taux.
Pourquoi cela vous concerne-t-il ? Parce qu'une note plus basse renchérit durablement le financement de l'État, et donc des banques et des grandes entreprises françaises. Ces dernières sont précisément celles qui pèsent dans le CAC 40, et dans bien des portefeuilles. Si votre allocation est très concentrée sur la dette ou les actions françaises, la question de la diversification se pose plus nettement qu'il y a un mois.
Épargne et crédit : ce que ça change concrètement
Côté épargne, la hausse des taux longs est une bonne nouvelle à retardement : les obligations et, avec le temps, les fonds en euros rapportent davantage. À l'inverse, le Livret A reste à 1,7 % depuis le 1er août, alors que l'estimation provisoire de l'Insee situe l'inflation de septembre à 3,0 % sur un an. Autrement dit, un capital laissé sur un livret perd du pouvoir d'achat. Le taux est fixé par formule, le ministre de l'Économie décidant de sa révision : nous n'avons pas de date confirmée pour la prochaine.
Quelques repères de taux (%)
Le plafond d'usure est un plafond légal (TAEG), pas un taux proposé. Sources : Ministère de l'Économie, Insee (estimation provisoire), MoneyVox, AFP.
Côté crédit immobilier, un point de suite sur le plafond d'usure, dont nous parlions il y a quelques semaines. Il a bien été relevé au 1er octobre : 5,40 % pour les prêts de 20 ans et plus (contre 5,29 %), 4,68 % de 10 à 20 ans, 4,09 % en dessous de 10 ans. Mais MoneyVox relève que les taux moyens, déjà autour de 3,6 % sur 20 ans en septembre, montent plus vite que ces plafonds. Le plafond s'applique au TAEG, assurance et frais compris : un dossier à taux nominal raisonnable peut donc être refusé. Si vous avez un projet en cours, l'assurance emprunteur, que vous pouvez choisir librement, devient un levier à comparer tôt.
Ce qu'on retient
Les faits : une OAT à 4,93 %, un écart avec l'Allemagne au plus haut en clôture depuis 2011, un CAC 40 qui recule. Ce qui reste incertain : la décision de Moody's, le contenu du budget 2027 et sa trajectoire de vote, les débats sur les recettes reprenant le 27 octobre, puis la réunion de la BCE les 28 et 29 octobre.
Notre conseil reste simple : ne décidez pas sur un titre de journal. Regardez la répartition de votre épargne entre liquidités, supports en euros, obligations et actions, et vérifiez qu'elle correspond toujours à vos horizons. Nous reviendrons la semaine prochaine sur la décision de Moody's, quelle qu'elle soit.
Vous vous demandez comment ces mouvements de taux touchent votre épargne et vos projets ?
Un échange de 30 minutes suffit pour faire le point sur votre situation et identifier les ajustements à envisager.
Échanger avec un conseillerSources
Moneyvox — Le CAC 40 déjà dans le rouge à l'ouverture ce mardi 20 octobre, le taux de l'OAT 10 ans au plus haut (20 octobre 2026)
AFP via Yahoo Finance — La Bourse de Paris termine en légère baisse, le spread au plus haut depuis 2011 en clôture (20 octobre 2026)
BFM Bourse — La dette française reste sous tension, mais le CAC 40 parvient à limiter la casse (20 octobre 2026)
France-Epargne — Violences du week-end : l'OAT à dix ans frôle 5 % et le CAC 40 perd plus de 1 % (octobre 2026)
Journal du Coin — Dette française : l'OAT frôle 5 %, les banques décrochent, Moody's tranche vendredi (octobre 2026)
Moneyvox — Crédit immobilier : voici les nouveaux taux d'usure à partir du 1er octobre 2026
Ministère de l'Économie — Épargne réglementée : le Livret A passe à 1,7 % à compter du 1er août 2026
Inflation de septembre (estimation provisoire Insee) — Inflation à 3 % en septembre : ce que ça change pour le Livret A (30 septembre 2026)
Zonebourse — CAC 40 : la Bourse de Paris termine en hausse (9 octobre 2026)